Concours d’écriture 2020

Les gagnant-e-s

Catégorie  « individuelle »

Français : Geoffroy Mollia « 2084 »

Geoffroy Mollia « 2084 »

La tempête faisait rage. Elle frappait la terre incessamment, comme si elle voulait arracher les derniers fragments de nature qu’il restait à ce sol déjà calciné et fissuré, autrefois couvert d’herbe. Elle s’acharnait, déchiquetant le tapis d’herbe pétrifié à ses pieds. Et en son centre se trouvait une ombre : une forme humanoïde, couverte d’un long manteau de cuir, un masque à gaz sur le visage, une capuche couvrant le reste de son crâne, une main serrant une boussole d’or. Un être qui avançait au milieu du tourbillon, seul. Difficilement, mais il ne s’arrêta pas une seule fois : il avait l’air d’avoir dompté la tempête.

Cette dernière sembla vouloir s’arrêter, comme vaincue par la volonté du marcheur : elle finit par disparaître, aussi vite qu’elle était apparue. L’homme se retrouva alors seul sous le soleil brûlant, au milieu de terres arides et couvertes des rochers rougeoyants. Il finit par regarder l’objet qui le guidait, puis s’arrêta dans le creux ombragé d’un roc. 

Il enleva son masque, dévoilant un visage autrefois harmonieux, mais désormais marqué par la souffrance qui engluait son esprit, véritable toile de rage, de folie qui envahissait chaque jour un peu plus ses pensées, et entrouvrit son manteau, laissant apercevoir sur sa chemise grisâtre un badge, où une main avait autrefois marquée : Griffin. Un simple rectangle de papier pour quiconque, mais bien plus pour l’homme : c’était un rempart face à la folie qui le guettait, le seul fragment de son passé. 

Un passé tourmenté par certains hommes qui avaient continué à cracher sur le peuple leurs mensonges, alors que leurs usines avaient continuées à cracher leurs gaz, détruisant l’atmosphère, laissant un soleil toujours plus brûlant détruire la Terre en la consumant. Griffin s’était donc retrouvé dans un abri souterrain, et à partir de là, le vide. Il ne se souvenait plus de ce qu’il s’était vraiment passé. Juste qu’il avait du quitter ce souterrain, et que depuis, il errait sur cette terre décharnée, cherchant un abri, chaque jour de marche affinant le fil sur lequel tenait sa vie, avec pour seul moteur sa haine contre ceux qui avaient brisé l’humanité. 

Emergeant enfin de ses pensées, Griffin finit par quitter son abri, en imaginant une fois de plus ce que serait ce monde si l’humanité avait réagi plus vite, tout en sachant que c’était trop tard, de toute façon. Il laissa sa haine l’envahir, et poursuivi sa marche vers sa destinée, poussière dans un monde chaotique et détruit par l’homme.

Catégorie  « classe »

Français : Juliette Ducrest « Mémoires d’un sapin en détresse » CO de Jolimont

Juliette Ducrest « Mémoires d’un sapin en détresse » CO de Jolimont

Je péris. Je péris, je me meure, je me désagrège, et je regarde, impuissant, mes aiguilles me quitter. Chaque jour, le sol de la forêt se recouvre de nouveaux cadavres, tapis morbide qui témoigne de nos souffrances. Il me semblait pourtant m’être comporté selon vos attentes ; j’ai protégé vos animaux, j’ai arrêté vos avalanches, je vous ai fourni de quoi respirer mais vous, avez tout détruit. Vos animaux, vous les avez tués. Vos avalanches, vous leur donnez le champ libre pour passer. Votre clé de survie, vous êtes en train de la jeter. 

Bien sûr, notre existence à nous, pauvres sapins, semble bien misérable comparée à la vôtre. Qui se demanderait ce que de simples végétaux, dont la vie ne vaut rien, pourraient penser ? Aveuglés par votre pouvoir sur les évenements, votre semblant de contrôle de la situation, vous fermez les yeux sur tous les désatres que vous causez. C’est des écosystèmes entiers que vous détruisez jour après jour, des centaines d’espèces animales que vous amenez aux portes de l’enfer, des forêts immenses que vous brûlez, des mers de déchets que vous déversez dans les océans et j’en passe. Tout cela pour satisfaire votre besoin malsain de supériorité sur les autres espèces, et sur la terre elle-même. Mais le monde ne vous appartient pas. Ecraser les autres espèces pour faire briller la vôtre ne vous aidera pas. C’est maintenant que vous devez agir, maintenant que vous devez réparer vos erreurs. Mais pourtant, vous ne faites rien, ou trop peu. 

Et oui, le temps de prendre conscience de vos problèmes, il sera trop tard. Lorsque vous nous aurez abattus jusqu’au dernier, lorsque que vous aurez augmenté la température jusqu’à tous nous brûler, lorsque vous serez les derniers à régner en maître, vous crierez au ciel et aux étoiles « Voilà, j’ai réussi, j’ai gagné ! » et vous vous demanderez ce que tout cela vous aura apporté. Ce jour-là, vous comprendrez. Mais bien sur, ce n’est que trop tard que vous regretterez.