Stéphanie Klaus
Concours d’écriture 2020

Et pourquoi pas ?

Riaz, le 21 novembre 2030

Il y a 10 ans, le collectif citoyen dont je faisais déjà partie, Graines d’Avenir, s’était réuni dans la chaleur de la résidence du marché alors que les premiers frimas nous glaçaient dehors. Nous étions huit participant·e·s à la réunion, masqué·e·s et réglementairement éloigné·e·s d’1,50m. Quelle histoire cette épidémie de 2020! Dire qu’aujourd’hui nous vivons sans danger avec ce virus devenu banal grâce aux températures clémentes de l’hiver!

Notre réunion de ce soir se déroule à l’extérieur car la douceur presque habituelle de novembre nous permet de nous rassembler dans le jardin riazois du collectif. Ce jardin prospère d’année en année, foisonne de verdure et grouille de vies : quelle belle opportunité nous avons eue d’en hériter! C’était lors de l’introduction de la nouvelle ‘Loi sur l’approvisionnement économique du pays’ promulguée suite au blocus des importations de nourriture par l’UE : chaque commune a dû mettre en place des petites structures vivrières et des points d’eau potable sur son territoire afin d’assurer la majeure partie de l’alimentation de ses habitant·e·s. Les parcs, cours d’école, bandes herbeuses qui longent les pistes cyclables généralisées ou encore les toits plats des bâtiments sont devenus autant de jardins pédagogiques, de microfermes et de jardins-forêts! Les sourcier·ère·s ont retrouvé avec joie leurs lettres de noblesse quand les élu·e·s ont dû installer de nouvelles fontaines.

A ce jour, nous avons la chance de profiter des bienfaits des forêts qui nous entourent, filtrent et purifient cette eau dont nous dépendons et qui tombe de moins en moins chaque année. Heureusement la réduction des cheptels — dont la qualité est montée en flèche — a permis de laisser grandir les haies où les animaux peuvent s’abriter. Les arbres reprennent leurs droits et leur rôle de climatiseurs bienveillants.

A l’intérieur des communes aussi ils commencent à faire effet : après la terrible canicule de 2022, l’Etat a imposé de planter des grands arbres et des fruitiers haute tige dans toutes les zones identifiées comme îlots de chaleur. Même s’ils sont encore jeunes et relativement petits, leur présence au milieu du béton et des pierres nous apporte autant de fraîcheur que de réconfort et d’apaisement. Ils sont devenus le lieu de rencontre de la population qui profite des bancs installés sous leur feuillage pour se rencontrer, co-jardiner dans les bacs communautaires et célébrer notre chance en musique.