Eveline Branders
Concours d’écriture 2020

J'ai mal à mon climat

J’ai mal à mon climat 
Mais d’aucuns n’y croient pas, 
J’ai mal à mon climat, 
Et pourtant ça se voit.

Ce soir Saint Nicolas
Ne connaît plus le froid
Cet hiver, seule la pluie
Résonne en Nuithonie.

Du fond du Gottéron
Ressurgit le dragon,
Fournaises de l’été
Embrasent la vallée.

J’ai mal à mon climat 
Mais d’aucuns n’y croient pas, 
J’ai mal à mon climat, 
Et pourtant ça se voit.

Là sur le Moléson
Disparus les flocons,
Les hordes de chamois,
Sont en plein désarroi.

Pâturages en Veveyse
Sont noyés sous la glaise,
Et puis la bénichon,
Peine à fêter moisson.

J’ai mal à mon climat 
Mais d’aucuns n’y croient pas, 
J’ai mal à mon climat, 
Et pourtant ça se voit. 

Et il pleut tant de fois
Que même la Broye se noie,
La truite a pris la fuite,
La berge se délite. 

Le tilleul à Morat,
A fleuri aux frimats,
Touffeur à Hauterive,
Tuffières à la dérive. 

J’ai mal à mon climat 
Mais d’aucuns n’y croient pas, 
J’ai mal à mon climat, 
Et pourtant ça se voit. 

Et juillet, la Sarine,
Ne compte plus ravines
Pendant que sur Avenches,
S’abat une avalanche.

Une Berra sans printemps
Futile ou aberrant ?
Et bourrasques de vent,
Au lac de Montsalvens. 

J’ai mal à mon climat 
Mais d’aucuns n’y croient pas, 
J’ai mal à mon climat, 
Et pourtant ça se voit. 

Les rives du lac noir
Ont perdu la mémoire,
Les prairies tempérées,
En déserts transformées. 

La Glâne ne flâne plus
La sécheresse l’a vaincue
Avant que l’écrevisse
Exotique, l’envahisse. 

J’ai mal à mon climat 
Mais d’aucuns n’y croient pas, 
J’ai mal à mon climat, 
Et pourtant ça se voit. 

Pour Romont fortifiée
Le glas a bien sonné,
Ne filtrent ses vitraux
Que torrents et chaos. 

Le château de Gruyère
Arborant ses chimères,
Brûle sous le soleil
Des étés criminels. 

J’ai mal à mon climat 
Mais d’aucuns n’y croient pas, 
J’ai mal à mon climat, 
Et pourtant ça se voit. 

Au-delà de cette ère
Qu’on espère éphémère
Murmure une mélodie
D’espoir qui garde vie. 

Dans leur diversité
Et la simplicité
Tes gestes quotidiens
Changent mes lendemains. 

J’ai mal à mon climat. 
Et d’aucuns n’y croient pas, 
J’ai mal à mon climat, 
Mais je compte sur toi.