Tatjana Erard
Concours d’écriture 2020

Rupture

Tant pis. Après tout, je serai mieux sans lui. Il m’a fait si mal. Oubliant ma présence. Préférant vivre sans me voir. Il a choisi de me pousser sur le bas-côté. Décor délaissé dans lequel lui déambule fièrement.

Lui seul compte désormais. Il ne reste que lui en scène. Son égocentrisme peut ainsi exploser librement, irradiant mon âme sans culpabilité. Ses regards vides me détruisent jour après jour. Son indifférence me pourrit de l’intérieur.

Mais je suis forte. Je reprendrai ma vie là où elle en était avant qu’il n’apparaisse.

Au début, c’était différent. Je me souviens. Au début il me touchait, m’enlaçait, me respirait. Glissait ses mains le long de mon être. Me découvrait. M’admirait. Nous nous inspirions l’un de l’autre. Il prenait ce que je pouvais lui offrir. Je me nourrissais de mon plaisir à le rendre heureux.

Equilibre. Complicité. Confiance.

Le plus dur c’est qu’il me manque plus violemment que je ne l’aurais imaginé. Que de regrets ! Nous aurions pu être heureux ensemble. Côte à côte. A vivre en harmonie. Quel gâchis ! Il n’aurait pas fallu beaucoup j’en suis sûre. Mais il est allé trop loin. Il a gentiment épuisé toutes mes ressources. Abusé de ma confiance. Il a cisaillé sans honte tout ce qui dépassait trop à son goût. Jusqu’à mes racines qu’il essaie de domestiquer !

Mais, c’est tellement plus facile pour lui de se voiler la face. De sectionner sa mauvaise conscience à grand coup de slogans bien tranchants. Et hop, il taille la réalité pour en faire un joli petit arbuste sans une feuille qui dépasse dans le jardin de ses certitudes. Ainsi elles peuvent grandir en se nourrissant de l’engrais bien chimique de la pensée unique. Et s’épaissir à force d’individualisme agressif.

Lorsque j’ai senti que quelque chose n’allait clairement plus entre lui et moi, je lui ai lancé des signaux d’alerte. J’ai essayé comme j’ai pu de le toucher là où ça fait mal. J’ai essayé de capter à nouveau son attention. Incendies, tremblements de terre, éruptions, tornades, ouragans. Je voulais qu’il ressente la souffrance profonde de perdre ceux qu’on aime. Je voulais qu’il ressente ma propre souffrance de le perdre.

En vain. Parfois, on avait l’impression qu’il faisait un faible effort. Se rappelant peut-être nos moments de bonheur partagés. Mais rapidement, son quotidien d’égoïste l’emportait.

Echange. Ecoute. Temps.

C’était trop pour lui. Il a préféré s’arracher une partie de lui-même en me quittant. Vivre sans moi… Le fou ! Il ne se rend même pas compte que s’il me rejette, il dépérira. Moi je sais qu’un jour je revivrai. Différemment, mais je revivrai. Mais lui ?